L’Épilepsie entre malheur et maladie Extrait de "Aux marges de la médecine (..), d’Olivier Faure, 2015

Dans son livre de vulgarisation scientifique consacré au corps humain* , voici comment Bill Bryson résume efficacement l’histoire de l’épilepsie dans le chapitre sur le cerveau :

L’épilepsie reste un mystère, avec ce fardeau supplémentaire pour les victimes d’avoir été stigmatisées au fil des siècles. Jusque dans les années 50, les médecins pensaient que les crises étaient contagieuses, et que le simple fait d’y assister pouvait rendre épileptique.
Les malades étaient traités comme des déficients mentaux et confinés dans des institutions. Jusqu’en 1956, le mariage leur était interdit dans 17 États américains, et dans 18 ils pouvaient être stérilisés de force en vertu d’une loi qui n’a été abrogée qu’en 1980.
En Grande-Bretagne, l’épilepsie est restée une cause d’annulation de mariage jusqu’en 1970.
Selon la formule de Rajendra Kale, l’histoire de l’épilepsie peut se résumer à "4 000 ans d’ignorance, de superstition et de stigmatisation, suivis par un siècle de connaissance, de superstition et de stigmatisation".

Le chapitre IX de l’ouvrage "Aux marges de la médecine -Santé et souci de soi, France (XIXe siècle)"
d’Olivier Faure, Editions PUP est consacré à l’histoire sociale de l’épilepsie

* Source : Bill Bryson, Une histoire du corps humain à destination de ses occupants, Petite Bibli Payot Irresistibles, 2023

Un mauvais signe dans l’Antiquité
"Connue depuis la plus haute Antiquité, l’épilepsie est le type même de maladie située à la frontière entre le naturel et le surnaturel, le mal physique et le signe du destin. Malgré Hippocrate, l’Antiquité lui a donné des caractères inquiétants qui persistent presque jusqu’à nos jours. Affection surnaturelle due au courroux des dieux, l’accès épileptique est considéré comme un mauvais présage dont l’apparition suffit à faire suspendre la réunion des comices à Rome, d’où le nom de mal comitial qui lui est resté. La prétendue parenté de la crise épileptique avec l’orgasme fait considérer la maladie comme impure et on lui prête aussi des caractères contagieux et héréditaires. Les périodes suivantes ne modifient guère ce canevas de départ. Les appellations de haut mal ou mal lunaticus, l’usage de remèdes héroïques, le recours à des cérémonies religieuses, tout contribue à faire de l’épilepsie un mal à part et du malade un être effrayant et suspect même si on lui prête parfois la marque du génie ou l’habit du prophète.

Premières études scientifiques...
C’est seulement à la fin du XVIII e siècle avec Samuel-Auguste Tissot que la maladie s’engage lentement dans la voie des interprétations naturelles [1]."
La suite sur :
https://books.openedition.org/pup/27510?lang=fr

Notes

[1Sur l’histoire de l’épilepsie : Jean Bancaud, « L’épilepsie avant la découverte de l’électroencéphalogramme », dans Jacques Postel, Claude Quétel, dir., Nouvelle histoire de la psychiatrie, Paris, Privat, 1983, p. 376-382 et surtout Michel Weber, « L’image de l’épileptique à travers l’histoire de l’Humanité », dans L’image de l’épileptique dans la société, Ligue française de lutte contre l’épilepsie, 6e journées d’études, novembre 1980, dactyl., p. 31-63