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	<title>STOP MORTALIT&#201; &#201;PILEPSIE</title>
	<link>https://abc-epilepsie.fr/</link>
	<description>En 2020, un article de l'European Journal of Neurology d&#233;plorait que le nombre de d&#233;c&#232;s li&#233;s &#224; l'&#233;pilepsie restait &#233;lev&#233;, le taux de d&#233;c&#232;s ayant augment&#233; de 6,8 pour mille &#224; 9,1 pour mille entre 2009 et 2015 [1].
En France, on estime que, chaque jour, 11 personnes avec &#233;pilepsie d&#233;c&#232;dent. Dans deux cas sur 3, le d&#233;c&#232;s est li&#233; &#224; l'&#233;pilepsie (y compris les cas o&#249; l'&#233;pilepsie est le sympt&#244;me d'une maladie sous-jacente) [2].
Selon l'article pr&#233;cit&#233;, 78% des d&#233;c&#232;s des jeunes adultes (entre 20 et 30 ans) seraient &#233;vitables.
Ce site a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par des familles endeuill&#233;es par l'&#233;pilepsie qui se sont constitu&#233;es en association loi 1901 en juin 2025 : STOP MORTALIT&#201; &#201;PILEPSIE (STOPMEP) ; Nous souhaitons agir pour la r&#233;duction des d&#233;c&#232;s li&#233;s &#224; cette maladie.
STOPMEP milite pour une information compl&#232;te des patients sujets &#224; des crises g&#233;n&#233;ralis&#233;es tonico-cloniques (les principaux expos&#233;s) et de leurs familles sur les risques de d&#233;c&#232;s pouvant survenir &#224; l'occasion d'une crise convulsive, et en particulier celui de mort subite et inattendue en &#233;pilepsie [2].
En effet, la mort subite et inattendue en &#233;pilepsie (MSIE, SUDEP en anglais, acronyme de &#034; Sudden and unexpected Death in Epilepsy&#034;) est l'une des premi&#232;res causes de d&#233;c&#232;s ( cf rubrique Mortalit&#233; et MSIE et l'article Les chiffres dans cette rubrique : https://stopmep.fr/LES-CHIFFRES). Les patients sont rarement inform&#233;s de ce risque, contrairement &#224; d'autres.
Ce site a pour le double objectif de pr&#233;senter et d'expliciter nos demandes, et de fournir une information fiable sur ces risques aux personnes concern&#233;es par l'&#233;pilepsie, qu'il s'agisse des patients, de leurs familles ou des professionnels de sant&#233; en :
&#8211; regroupant des donn&#233;es fiables issues d'&#233;tudes fran&#231;aises et internationales reconnues et en apportant des d&#233;tails pratiques
&#8211; informant de l'&#233;volution des pratiques &#224; l'&#233;tranger concernant la gestion des risques li&#233;s &#224; l'&#233;pilepsie, notamment celui de Sudep/MSIE
&#8211; partageant des retours d'exp&#233;riences (t&#233;mognages dans la rubrique d&#233;di&#233;e)
Vous pouvez prendre connaissance de nos demandes dans notre courrier de d&#233;cembre 2024 au Conseil National Professionnel de Neurologie (https://stopmep.fr/1ere-actu) et de nos projets dans la rubrique d&#233;di&#233;e, ou nous contacter : msiepilepsie@gmail.com.
NB Le moteur de recherche &#034;Rechercher&#034;, en bas &#224; droite sous la liste des rubriques (ordinateur) ou tout en bas de la page (t&#233;l&#233;phone), permet de s&#233;lectionner les articles sur un th&#232;me particulier. Pour une recherche restreinte, il est pr&#233;f&#233;rable de ne saisir qu'un mot.
[1] https://www.santelog.com/actualites/epilepsie-les-deces-augmentent-pourtant-beaucoup-pourraient-etre-evites ; En anglais : European Academy of of Neurology, 24 May 2020 &#034; Epilepsy related deaths common in young adults are not reducing..&#034; ; Dr Gashirai Mbizvo, Univ ; d'Edimbourg&#8230; et https://www.epilepsy.ie/content/study-suggests-epilepsy-deaths-are-not-decreasing-despite-advances-treatments.
[2] D'apr&#232;s les donn&#233;es du R&#233;seau Sentinelle Mortalit&#233; Epilepsie (RSME) le d&#233;tail : https://stopmep.fr/LES-CHIFFRES-et-definition-de-la-MSIE-SUDEP. 1 d&#233;c&#232;s sur 3 correspond donc &#224; la mortalit&#233; observ&#233;e dans la population g&#233;n&#233;rale.
[3] Une bonne introduction sur la mort subite en &#233;pilepsie est la vid&#233;o de l'association allemande traduite en Fran&#231;ais par une soeur endeuill&#233;e, disponible via le lien : https://www.youtube.com/watch?v=QC6D2vP9k1U&amp;t=7s qui souligne bien l'importance de la pr&#233;sence d'un tiers lors de la crise d'&#233;pilepsie et dans la phase post-crise.
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		<title>&lt;font color=#EC3C4C&gt;STOP M&lt;/font&gt;&lt;font color=#692FA0&gt;ORTALIT&#201;&lt;/font&gt; &lt;font color=#EC3C4C&gt;&#201;P&lt;/font&gt;&lt;font color=#692FA0&gt;ILEPSIE&lt;/font&gt;</title>
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		<title>Bruno, 22 ao&#251;t 1971- fin juin 2010</title>
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		<dc:date>2025-09-03T16:19:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Elisabeth</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Mon t&#233;moignage sur la mort de mon fr&#232;re Bruno, tel que je le livre aussi dans : Tout tombe. Il faudrait une douceur infinie. Recueil de paroles autour des &#233;pilepsies / Elisabeth Fabre / ISBN : 9782810629497 / &#201;diteur : BoD - Books on Demand . / cf site &lt;a href=&#034;https://elisabethfabre.com/livre/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://elisabethfabre.com/livre/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://abc-epilepsie.fr/Temoignages-des-familles" rel="directory"&gt;T&#233;moignages &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://abc-epilepsie.fr/local/cache-vignettes/L123xH150/2-hommeondes-31093.jpg?1770815957' class='spip_logo spip_logo_right' width='123' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Deux textes en fait : le r&#233;cit de la mort de Bruno (telle que je l'ai v&#233;cue, moi qui n'y &#233;tais pas, donc ce n'est pas... bref. Et un petit texte &#233;crit en recevant son tr&#232;s &#233;pais dossier m&#233;dical psychiatrique, demand&#233; 15 ans apr&#232;s sa mort.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;2010. Fin juin. Ma petite Maud, l'une de mes quatre enfants, a huit ans. Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour m'occuper d'elle comme j'aurais voulu les derniers mois, entre le travail, les petits, et mon fr&#232;re Bruno qui allait tr&#232;s mal, qui a fini par &#234;tre hospitalis&#233; en psychiatrie - plusieurs fois j'ai voulu &#233;viter cela, il me demandait d'&#233;viter cela et de lui venir en aide, moi - il a une frayeur intense de l'hospitalisation, des m&#233;dicaments, c'est tout le contraire d'un serein &#8220;contrat th&#233;rapeutique&#8221;. Mais la derni&#232;re fois, je l'ai pris chez moi, une semaine &#224; la maison, et apr&#232;s quelques jours d'anxi&#233;t&#233; extr&#234;me, il ne parlait plus, il &#233;tait compl&#232;tement mur&#233;, et il ne s'est pas souvenu de ces jours, de rien. Un &#233;tat psychotique. Donc : je ne suffis pas. J'ai un grand sentiment de danger pour lui. Je suis tiraill&#233;e, aussi. Il compte sur moi pour comprendre ce que, trouve-t-il, les m&#233;decins ne comprennent pas, n'entendent pas. C'est qu'il n'y a pas que l'&#233;pilepsie. J'en ai vu, des caisses, de ceux qui ne l'&#233;coutent pas. Ce serait encore tout un bouquin de raconter son inadaptation sociale ou plut&#244;t, comme dit fort justement ce cher Josef Schovanec, grande star des Asperger, l'inaptitude b&#234;te et tragique des &#8220;neurotypiques&#8221; &#224; le comprendre (je reformule la th&#232;se). Et je ne compte pas en &#234;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en m&#234;me temps, &#224; tourner le dos aux m&#233;decins et d&#233;tester ses m&#233;dicaments, il se met en danger. Et je ne veux pas participer &#224; le mettre en danger. Je vous le dis tout de suite : je ne suis pas de taille. D'ailleurs je ne sais pas qui le serait. Bref, il finit, d&#233;but 2010, &#224; l'h&#244;pital. A la neurologue qui le suit pour son &#233;pilepsie, il a dit, la veille de son hospitalisation, &#8220;je sens ma mort&#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle l'a fait admettre en urgence en psychiatrie. Ce n'est pas directement l'&#233;pilepsie qui l'y m&#232;ne, donc. Mais c'est peu de dire qu'il n'en peut plus d'angoisse &#224; cause d'elle. Elle le violente depuis plus de vingt ans, elle le maltraite, il la maltraite, je suis persuad&#233;e qu'il est aussi Asperger mais c'est une autre histoire. Bref, &#231;a va mal. Et depuis deux ans, nous sommes orphelins. Nos deux parents sont morts en 2008, &#224; trois semaines d'&#233;cart l'un de l'autre. L'un de nos fr&#232;res vit loin, l'autre n'est pas fiable ni disponible. Il viendra une ou deux fois &#224; l'h&#244;pital quand m&#234;me. Papa m'a dit, quelques jours avant de mourir : &#8220; je m'inqui&#232;te pour Bruno, mais je sais que tu prendras soin de lui, je sais qui tu es&#8221;. S'il n'avait pas dit &#231;a, &#231;a n'aurait rien chang&#233;. Mais bon, en plus il l'a dit. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce d&#233;but 2010, donc, je suis l&#224;, &#224; ne plus savoir quoi faire, &#224; savoir seulement que je ne le laisserai pas tomber. Mais au fond, qu'est-ce que &#231;a veut dire ? A cette &#233;poque-l&#224;, j'ai encore une foi fervente et je prie r&#233;guli&#232;rement. Parfois j'&#233;cris ma pri&#232;re, et j'ai encore un carnet o&#249; je lis cette phrase : &#8220;je ne te laisserai pas tomber, petit fr&#232;re. Tu as trop peur de mourir pour mourir vraiment, mais &#231;a t'emp&#234;che de vivre. Vis !&#8221; &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai sign&#233; le papier d'hospitalisation &#224; la demande d'un tiers. Il a trouv&#233; que je le laissais tomber. Un jour lors d'une visite, il s'est jet&#233; par terre dans le couloir de l'h&#244;pital, sur ce lino moche, et il a cri&#233; &#8220;vous me crucifiez !&#8221;. Il dit et redit qu'on ne soigne pas son &#233;pilepsie, on la traite par-dessus la jambe en psychiatrie, comme si elle n'&#233;tait, au mieux, qu'un probl&#232;me annexe, une manifestation secondaire. Il aimerait qu'on reconnaisse la souffrance r&#233;elle qu'elle lui impose, et il est convaincu que les m&#233;dicaments le tueront. Il a &#8220;mal aux neurones&#8221;, il a &#8220;du liquide de sommeil&#8221;, des picotements, il n'a, le matin, &#8220;plus de sang&#8221;, &#8220;les neurones qui coulent&#8221;, toutes les sensations de son corps sont dangereuses on dirait, il ne les comprend pas, on ne les comprend pas. Je lui laisse la responsabilit&#233; posthume de ses paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dicaments vont le tuer, il dit. Je lui rends visite, il y a des rendez-vous avec le psychiatre du service. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de l'un de ces rendez-vous, quand on programme le suivant, je demande une autre date, parce que Maud a une audition de harpe, et que je me sens &#233;cartel&#233;e entre le soin que je dois prendre de Bruno, et celui que je devrais prendre de mes enfants, tout petits, 13 ans, 7 ans et demi, 6 ans, 3 ans. Docteur Cheref me dit d'un ton rude : &#8220;on ne parle pas de vos enfants, l&#224;, on parle de votre fr&#232;re.&#8221; D'accord. Je me laisse recadrer, mais je promets tout de m&#234;me que quoi qu'il arrive, pour son anniversaire de huit ans, j'emm&#232;nerai Maud faire un petit voyage, comme j'avais fait pour son grand fr&#232;re au m&#234;me &#226;ge. &lt;br class='autobr' /&gt;
La semaine pr&#233;c&#233;dant sa sortie de l'h&#244;pital, quand j'arrive pour lui rendre visite, Bruno me caresse la joue tout doucement. Il me dit &#8220;merci d'&#234;tre venue, c'est loin pour toi&#8221;, et c'&#233;tait la premi&#232;re fois qu'il me disait une chose aussi gentille. Puis : &#8220;il faut que je donne. J'ai compris qu'il faut donner pour &#234;tre vivant.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je le sens doux, apais&#233;. Je le sais prodigieusement soulag&#233; de sortir. Pourtant je suis inqui&#232;te, je m'&#233;nerve aupr&#232;s du docteur, lors du rendez-vous de sortie, disant qu'il faut un passage infirmier &#224; domicile pour s'assurer que Bruno prendra ses m&#233;dicaments. Le rendez-vous au CMP ne suffira pas. Bruno est dans une col&#232;re monstre et croissante, depuis des ann&#233;es, contre les m&#233;dicaments et parfois aussi les m&#233;decins qui les prescrivent. Je crains qu'il ne soit pas du tout raisonnable, je sais qu'il ne sera pas raisonnable. Je veux qu'on entende aussi que je ne pourrai pas &#234;tre l&#224; tout le temps. J'habite &#224; une heure de l&#224;, je travaille, j'ai quatre enfants en bas &#226;ge. Je suis d&#233;bord&#233;e et angoiss&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas s&#233;rieux qu'il n'y ait pas de reconnaissance de handicap, mon fr&#232;re ne peut pas, entre les crises et les traitements, faire son travail - il est math&#233;maticien, il fait de la recherche, n'est plus capable de publier r&#233;guli&#232;rement. Comment va-t-il vivre ? Nous avons fait ensemble des demandes, des courriers, mais cela n'aboutit pas, parce que son &#233;pilepsie est soi-disant ma&#238;tris&#233;e. Mais il vit seul, alors qu'est-ce qu'on en sait ? Moi je l'ai retrouv&#233; si souvent bless&#233; violemment de partout comme quelqu'un qui se serait fait passer &#224; tabac, se cognant partout contre les parois des toilettes, par exemple, qui sont bien trop petites pour contenir son corps au sol, et dont je n'arrivais pas &#224; ouvrir la porte pour l'en sortir. Et on le laisse seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le service ils ont eu suffisamment d'occasions ces derni&#232;res semaines de savoir qu'il donnerait un bras pour ne pas avoir &#224; gober leurs cachets, dont il pense qu'ils le rendent malade au lieu de le soigner. Mais rien. On me parle de mon anxi&#233;t&#233; avec condescendance, on me rappelle que mon fr&#232;re est un adulte libre de ses choix, qu'un bon travail th&#233;rapeutique a &#233;t&#233; fait, et voil&#224;. L'hospitalisation a dur&#233; plusieurs mois. C'est une vraie lib&#233;ration pour lui de sortir. Il sort, un lundi, avec des ordonnances, la consigne de bien poursuivre le traitement costaud qui a &#233;t&#233; mis en place &#224; l'h&#244;pital. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#233;jeunons dans un rade minuscule, au soleil, rue de la Tombe-Issoire (!) - dans le quartier o&#249; nous avons grandi, o&#249; il habite encore dans l'immeuble de nos parents, et qui est aussi celui de l'h&#244;pital, tous les deux, un moment doux et paisible, rare. Le dernier, en fait. Il est si heureux d'&#234;tre sorti. Le mercredi, au t&#233;l&#233;phone, il me dit &#8220;je me sens bien. Tu crois que c'est &#231;a, vivre ?&#8221;. Il pose souvent ce genre de question, sur la vie, la beaut&#233;, Dieu, l'amour, je ne sais quoi, compl&#232;tement sans filtre, sans mesure et sans certitude, comme si on &#233;tait r&#233;f&#233;rent.e &#232;s-Dieu, &#232;s-Vie, &#232;s-Beaut&#233;. Comme si on pouvait lui en apprendre quelque chose, dont il a tr&#232;s besoin et envie. Mais en nous posant la question, c'est lui qui nous apprend quelque chose dont on a tr&#232;s besoin, et dont on ne savait souvent pas qu'on avait envie. C'est une des mirabilia, des raret&#233;s, remuantes et adorables (ou admirables) qui le caract&#233;risent. &#199;a me fait tellement de bien de l'entendre soulag&#233;, surpris d'&#234;tre soulag&#233;. Et d'&#234;tre son amie, &#224; ce moment-l&#224;. C'est un honneur incomparable, d'&#234;tre l'amie de quelqu'un qui ne ment jamais, et un bonheur incomparable de sentir heureux et l&#233;ger quelqu'un qui souffre si souvent et si fort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je pars, pour la premi&#232;re fois depuis des ann&#233;es, pour ce petit voyage de trois jours avec Maud, comme j'avais promis, donc. En route pour T&#252;bingen. J'ai laiss&#233; mon num&#233;ro au Centre M&#233;dico-Psychologique, o&#249; Bruno avait rendez-vous le vendredi, demand&#233; &#224; ce qu'on me contacte si probl&#232;me, expliqu&#233; mes craintes qu'il ne se pr&#233;sente pas. Le lendemain de mon arriv&#233;e en Allemagne, je re&#231;ois des coups de fil de mes fr&#232;res, mais je ne r&#233;ponds pas, et je dis &#224; mon amie Judith qui nous re&#231;oit chez elle : &#8220;pourquoi m'appeler, alors que je suis partie, qu'ils s'occupent eux-m&#234;mes de Bruno ! C'est trop pour moi ! J'ai le droit de souffler !&#8221; Je suis en col&#232;re. Je prot&#232;ge ce moment de pause tr&#232;s doux que je suis en train de vivre. Nous faisons une randonn&#233;e magnifique dans les montagnes autour de la ville. Nous somnolons un moment dans l'herbe, au soleil, j'entends les petites b&#234;tes vivre leur vie, gratouiller et vibrionner, les cloches sonner, je pense &#224; Bruno, je souris &#224; l'int&#233;rieur, r&#233;entendant son &#8220;est-ce que c'est &#231;a vivre ?&#8221; &lt;br class='autobr' /&gt;
Et s'il retrouvait la paix, go&#251;tait la vie ? Je me sens tout proche de lui. J'ai l'espoir qu'il aille mieux, que sa vie s'adoucisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, nous sommes sur le quai de la gare. Nous avons dit au revoir &#224; Judith, la pause est finie, alors tout en montant dans notre train retour, un pied d&#233;j&#224; sur le marchepied, je d&#233;croche mon t&#233;l&#233;phone. Mes fr&#232;res. Bruno ne r&#233;pondait pas. L'ami de toujours, Jean, a utilis&#233; un bout de radio d&#233;coup&#233; pour ouvrir la porte comme un cambrioleur, et Denis, le grand fr&#232;re, est entr&#233;. Odeur saisissante. Du couloir, on voit un pied d&#233;passer. Il &#233;tait l&#224;, chez lui, au sol, mort, face contre terre, depuis peut-&#234;tre trois jours. Manifestement il &#233;tait tomb&#233;, puisqu'il avait bouscul&#233; un peu une biblioth&#232;que dont quelques livres avaient chut&#233; au sol. Denis ne veut toucher &#224; rien, il est envahi par l'odeur terrible. Il appelle - il ne sait plus qui d'abord, les pompiers, la police. Les policiers conseillent &#224; Denis, qui n'est vraiment pas un d&#233;gonfl&#233;, de ne pas regarder, lui r&#233;p&#232;tent qu'il devrait suivre leur conseil : il savaient de quoi ils parlaient, ils ont l'habitude des cadavres, mais l&#224;, ce n'&#233;tait pas tr&#232;s supportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Tout tombe&#8221;. Tout tombe et cette chute est en tout. En moi, aussi, tout s'effondre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes samedi 3 juillet apr&#232;s-midi, c'est la coupe du monde et l'Allemagne est en quart de finale. En temps normal ce genre de choses m'indiff&#232;re prodigieusement, l'euphorie patriotique folle des fans de ballon suscite chez moi de l'angoisse politico-sociale, voire, allez, sois honn&#234;te, de la r&#233;probation. L'Allemagne joue contre l'Argentine, qu'elle &#233;crasera 4 &#224; 0, et manifestement cela ne laisse pas les autres indiff&#233;rents dans ce train. Tout le long du trajet jusqu'&#224; la fronti&#232;re, le chauffeur annonce par haut-parleur chaque but de l'Allemagne : &#224; chaque fois, liesse g&#233;n&#233;ralis&#233;e, croissante de gare en gare. Moment exceptionnel. Pendant que je suis assise l&#224;, incapable de bouger, de parler, de comprendre, les yeux &#233;quarquill&#233;s, secou&#233;e de larmes par intermittence, Maud assise pour des heures l&#224;, &#224; c&#244;t&#233; de sa maman que le coup, en un instant, a pli&#233;e en deux, tout le monde hurle de joie dans le wagon. Difficile d'&#234;tre plus &#224; part. Ch&#339;ur des anges accueillant mon fr&#232;re bien-aim&#233; au ciel : inaudible. Absence de Dieu, on est bien sur terre, pas de doute. Seul un vieux monsieur de l'autre c&#244;t&#233; du couloir, calme, digne, &#233;l&#233;gant, qui m'&#233;voque irr&#233;sistiblement mon p&#232;re, remarque mon &#233;tat et la violence du contraste. Il me regarde et dit je ne sais plus quelle parole gentille, pudique. Peut-&#234;tre pas absence de Dieu, finalement, va savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autopsie n'apportera aucune r&#233;ponse. Pas de coups, pas de blessures, pas de traces de crise, pas non plus de trace de m&#233;dicaments, donc un sevrage brutal sans doute d&#232;s la sortie d'h&#244;pital. Mort naturelle. Fffffff. Naturelle. Bof. Je sais que les termes ont diff&#233;rentes acceptions selon les domaines o&#249; ils sont employ&#233;s, mais bon, faut pas pousser : cette expression, l&#224;, &#8220;mort naturelle&#8221;, pour parler de mon fr&#232;re qui meurt &#224; 38 ans d'une sorte de rien du tout, &#231;a ne passe pas. Est-ce le sevrage m&#233;dicamenteux qui l'a tu&#233; ? L'&#233;pileptologue qui le suit en fait l'hypoth&#232;se. Elle me dit m&#234;me qu'alors, on pourrait dire que c'est une sorte de suicide, disons, par omission. Je ne suis pas s&#251;re. S&#251;re, oui, qu'il &#233;tait bien capable de ne volontairement pas prendre ses m&#233;dicaments, sur lesquels il avait parfois des id&#233;es assez d&#233;lirantes, et, pardonnons-le, pas seulement d&#233;lirantes, vu ce qu'il avait eu &#224; ingurgiter toutes ces derni&#232;res ann&#233;es, avec des tas d'effets secondaires que franchement personne ne souhaite &#224; personne. Un jour il avait demand&#233; &#224; mon compagnon, qui a test&#233; dans ses jeunes ann&#233;es toutes sortes de drogues (c'est fini, ne vous inqui&#233;tez pas), donc Bruno lui avait dit, dans une interminable plainte anti-Risperdal (un neuroleptique), toujours aussi incompris de tous, et toujours inlassablement enjoint par nous &#224; respecter ses traitements et &#224; ne pas jouer &#224; l'apprenti-sorcier :&#8221;mais prends-en un, tu verras !&#8221; Mon compagnon avait gob&#233; un Risperdal : annihilant, me dit-il. Impression d'avoir pris une drogue dure qui m'extrait du monde vivant, qui m'emp&#234;che compl&#232;tement de r&#233;fl&#233;chir. Spectateur, ouat&#233;, loin. Comme de l'h&#233;ro, en moins fort. Bruno n'en revenait pas que quelqu'un ose faire cette exp&#233;rience. &#8220;Tu vois, tu vois ??&#8221; Enfin, quelqu'un pour lui confirmer : sacr&#233; saloperie ce truc. Mais en m&#234;me temps sa peur de la mort &#233;tait telle&#8230; Impossible pour moi de me l'imaginer d&#233;sirer mourir. La v&#233;rit&#233; doit &#234;tre encore ailleurs, entre les deux.&lt;br class='autobr' /&gt;
En tous cas, si le vendredi o&#249; il avait rendez-vous au CMP pour prendre un de ses m&#233;dicaments (pas l'anti&#233;pileptique, mais un des m&#233;dicaments prescrits en psychiatrie, l'Haldol, je crois), Bruno ne s'est pas pr&#233;sent&#233;, c'est parce qu'il &#233;tait mort. Malgr&#233; ma demande expresse, on n'a pas jug&#233; utile de me pr&#233;venir de son absence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par le biais de sa neurologue, nous serons contact&#233;s pour signaler le d&#233;c&#232;s de Bruno et r&#233;pondre &#224; des questionnaires : je d&#233;couvre la notion de SUDEP : sudden unexpected death of epileptic patient. Mort subite inexpliqu&#233;e du patient &#233;pileptique. Sans &#234;tre s&#251;re, ni alors ni aujourd'hui, que c'est de &#231;a qu'il s'est agi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous &#233;pargne le reste. Bien s&#251;r j'ai r&#233;pondu &#224; ces questionnaires. Cherch&#233; &#224; comprendre, puis cess&#233;, pour m'en sortir, de chercher &#224; comprendre, et, ne me relevant pas, fini par demander de l'aide. C'&#233;tait il y a quatorze ans. &lt;br class='autobr' /&gt;
*************************************************&lt;br class='autobr' /&gt;
Addendum :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; j'ai d&#233;cid&#233; depuis plusieurs semaines de ne plus rien ajouter &#224; mon livre, je re&#231;ois le&lt;br class='autobr' /&gt;
dossier m&#233;dical psychiatrique de mon fr&#232;re Bruno, demand&#233; il y a quelques mois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je passe une journ&#233;e enti&#232;re &#224; le lire exhaustivement. C'est une date pour moi, cela va sans dire. Un moment tr&#232;s doux, parce que j'ai l'impression de tenir sa main, d'annuler par ma lecture scrupuleuse la radicalit&#233; de sa solitude hospitali&#232;re, m&#234;me si c'est &#233;videmment faux, elle a &#233;t&#233;, elle ne sera annul&#233;e ni r&#233;par&#233;e par rien : trop tard. Mais au moins mes yeux voient, lisent les d&#233;tails, ce n'est plus un secret, et &#231;a le sera encore moins quand vous lirez ces lignes. Ca bruisse, c'est la fin du silence. Et un moment particuli&#232;rement dur aussi, parce que toute la violence dont il se plaignait alors, que je sentais, est confirm&#233;e l&#224;. L'absurdit&#233;, le g&#226;chis. Seulement, maintenant, je tiens ce dossier entre mes mains, et mes mains, ce sont celles de quelqu'un qui t'aime, petit fr&#232;re. Ma tendresse est une paire de mains qui ramasse tes affaires &#233;parpill&#233;es et tomb&#233;es par terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dossier contient : des mots qu'on &#233;crit &#224; l'admission, des compte-rendus de consultation, des rapports infirmiers qui transcrivent les dialogues quotidiens, les incidents, des fiches pleines de petites croix, remplies pendant les p&#233;riodes de contention qui impliquent une surveillance rapproch&#233;e &#8211; vu qu'&#234;tre attach&#233; &#224; son lit pendant dix jours n'est pas tr&#232;s bon pour la sant&#233;. Des dates, des bilans d'examens, des codes diagnostics se r&#233;f&#233;rant au DSM-V (manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux) ou CIM- 10 (Classification internationale des maladies). Le dossier fait 3,5 cm d'&#233;paisseur, c'est du papier A4 recto-verso. Entre les lignes aussi, on peut lire.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'entends sa voix dans les rapports parsem&#233;s de citations. Le sens qu'introduisent les guillemets varie, car ils permettent soit de restituer son propos pr&#233;cis, comme ici : &#171; Il dit &#171; j'ai exp&#233;riment&#233; la mort &#187; &#187;, soit de mettre son propos &#224; distance critique : &#171; patient &#233;voquant une &#171; mort imminente &#187; &#187;. Un autre encore &#233;crit sans guillemets : &#171; Visage tendu, parle peu. Sent une mort imminente. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je suis heureuse qu'il en soit ainsi : je suis reconnaissante, et touch&#233;e, par la fa&#231;on dont ces rapports manuscrits (il y a aussi les graphies qui varient, des &#233;critures de toutes sortes, rapides, pench&#233;es, ou petites pattes de mouche, des qui font des fautes d'orthographes et d'autres moins, qui utilisent des sigles ou &#233;crivent tout en entier) exposent leurs auteurs. Ca sent l'humain. On voit les biais, et des sc&#232;nes se d&#233;roulent devant mes yeux. Il veut t&#233;l&#233;phoner. L'infirmier ne sait pas s'il a le droit selon son protocole, il faut demander au m&#233;decin. Bruno demande une chaise pour attendre dans le couloir. On la lui refuse. Il s'&#233;nerve, frappe l'infirmier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le m&#233;decin est appel&#233; en renfort. Bruno avait le droit de t&#233;l&#233;phoner. Mais l&#224; il a frapp&#233; quelqu'un donc il va &#234;tre contentionn&#233;. Il crie : &#171; je suis attach&#233; par votre connerie ! &#187;. Voil&#224;. On gambade de loufoquerie en loufoquerie : le temps passe en un pugilat dont bien s&#251;r Bruno ne sortira pas vainqueur. Bruno frappe carr&#233;ment : je reconnais que je n'ai pas la r&#233;ponse &#224; la question : comment on fait avec un patient qui frappe, qui devient un impatient ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est indiqu&#233; sur les papiers d'entr&#233;e le code diagnostic de schizophr&#233;nie sans pr&#233;cision, puis de&lt;br class='autobr' /&gt;
schizophr&#233;nie h&#233;b&#233;phr&#233;nique, puis, lors de la troisi&#232;me hospitalisation et des suivantes, de trouble&lt;br class='autobr' /&gt;
hypocondriaque. Ce qui explique, bien s&#251;r, que toutes les sensations d&#233;rangeantes ou angoissantes qu'il d&#233;crivait - picotements, chaleurs locales, tachy- ou bradycardie, etc-, ont &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;es comme des simulations ou des hallucinations sensorielles caract&#233;ristiques de la schizophr&#233;nie (c&#233;nesth&#233;siques). Moi la profane, j'ai lu de nombreuses descriptions de sensations semblables sur des groupes de personnes &#233;pileptiques ou dans les livres. Ces sensations auraient &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;es diff&#233;remment par un.e &#233;pileptologue, qui en aurait tenu compte, j'en mettrais ma main &#224; couper. On sait, pourtant, que ce patient est &#233;pileptique. Il est d'ailleurs suivi pour cela dans un autre service du m&#234;me h&#244;pital. Je d&#233;couvre m&#234;me qu'un &#233;tat de mal non convulsif confusionnel&#8211; jusqu'&#224; il y a deux semaines je ne savais pas qu'une telle chose existait - peut fort ressembler &#224; un moment psychotique. Ressemble beaucoup &#224; ce &#224; quoi j'ai assist&#233; les jours pr&#233;c&#233;dents les hospitalisations de Bruno en psychiatrie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bon, &#231;a suffit. J'ai autre chose &#224; raconter que ce tri, et cette pagaille r&#233;siduelle dans ma t&#234;te, et ce&lt;br class='autobr' /&gt;
tribunal intenable. Pendant l'&#233;criture de ce livre, j'ai rencontr&#233; B., une amie d'amie d'ami, qui est&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;pileptologue et psychiatre, et avec qui j'ai pu parler de tout cela. Cette rencontre est pratiquement&lt;br class='autobr' /&gt;
tomb&#233;e du ciel. Ce n'est pas simple, elle me dit. Certaines choses sont tr&#232;s d&#233;licates &#224; distinguer les unes des autres. Et oui, les psychiatres manquent souvent de connaissances sur l'&#233;pilepsie. Son cas &#224; elle est particulier, en raison de sa double casquette. Oui, il y a des probl&#232;mes structurels dans la psychiatrie aujourd'hui. (Je ne sais pas &#224; quel point, en Allemagne o&#249; elle exerce, les difficult&#233;s sont les m&#234;mes). Mais elle me dit &#8211; et elle me le dit devant la tombe de mon fr&#232;re, car elle est en visite &#224; Paris et nous sommes all&#233;es nous promener au P&#232;re Lachaise, nous commen&#231;ons &#224; avoir froid car un vilain petit vent nous souffle dessus malgr&#233; le soleil de ce matin &#8211; elle me dit que je peux &#234;tre presque s&#251;re que les m&#233;decins qui ont accompagn&#233; mon fr&#232;re n'ont pas oubli&#233;. Elle me dit qu'elle, elle a aussi des patients qui sont morts de SUDEP, et des patients dont elle ne sait plus rien et dont elle se demande parfois pourquoi, o&#249; ils sont, ce qu'ils sont devenus, si peut-&#234;tre ils sont morts. Elle me parle de l'un d'entre eux, qu'elle aimait beaucoup, elle me raconte qu'elle a pass&#233; des semaines, des mois &#224; se demander si elle avait peut-&#234;tre oubli&#233; quelque chose, fait une erreur, qu'elle se le demande encore parfois. Elle pense &#224; lui quand elle fait des sessions d'&#233;ducation th&#233;rapeutique avec des patients et leurs proches, malgr&#233; les ann&#233;es &#233;coul&#233;es depuis. Nous sommes l&#224;, j'ai perdu mon fr&#232;re, et elle des patients, mais finalement c'est elle qui pleure. Elle essuie des larmes. Ses larmes, je ne suis pas assez mystique pour croire que Bruno les re&#231;oit, mais moi, oui. Elles r&#233;parent quelque chose par-dessus les &#233;poques, elles recouvrent le bruit de la guerre qui fait rage dans le dossier de Bruno.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partager la peine, se tenir ensemble l&#224; devant la tombe, devant le &#171; tout tombe &#187;, cela aussi incarne la main du po&#232;me de Rilke [1] , la main qui rattrape avec infiniment de douceur la chute. Ne l'emp&#234;che pas. Main qui elle-m&#234;me tombe. Mais c'est autre chose que de simplement tomber pour g&#233;sir et dispara&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les sessions d'&#233;ducation th&#233;rapeutique, on n'en a pas eues. J'aurais aim&#233;. Rencontrer une femme&lt;br class='autobr' /&gt;
comme celle-ci, &#224; l'&#233;poque, et puis &#234;tre assise avec Bruno, avec d'autres, pendant deux jours, rentrer avec un bouquin plein d'informations, de pistes. Quand je suis all&#233;e assiter &#224; une de ces sessions, justement, d'&#233;ducation th&#233;rapeutique qu'elle organise, j'ai vraiment &#233;t&#233; boulevers&#233;e par l'intelligence de tout le dispositif : le support, la fa&#231;on de faire, l'incroyable d&#233;licatesse, l'&#233;norme comp&#233;tence, et surtout, surtout, cette place laiss&#233;e ENFIN &#224; l'&#233;change, entre les gens concern&#233;s, et avec le m&#233;decin, qui se met aussi en position d'apprendre et de partager, d'entendre, part des exp&#233;riences des malades, prend en compte les &#233;motions, n'interdit aucune question : des humains &#224; &#233;galit&#233;. Pendant deux jours, les gens fouillent ensemble, expriment leurs doutes, racontent leurs fa&#231;ons de naviguer. Leur besoin de comprendre, il est consid&#233;r&#233; comme une &#233;vidence, les armer de savoir comme une n&#233;cessit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant toute cette session, et &#224; chaque fois que B. m'a parl&#233; de son travail, de ses patients, je n'ai cess&#233; de penser que si Bruno avait eu la chance d'entendre tout cela, d'&#234;tre &#233;cout&#233;, nourri de savoir, un peu compris, re&#231;u avec ses proches, connect&#233; &#224; d'autres personnes qui prenaient les m&#234;mes m&#233;dicaments ou se heurtaient aux m&#234;mes difficult&#233;s, connaissaient certaines des sensations qui l'angoissaient, bref, oui, je pense que cela aurait tout chang&#233;. C'est trop tard, mais c'est merveilleux que cela existe, que d'autres en b&#233;n&#233;ficient. M&#234;me pour moi toute seule, &#231;'a &#233;t&#233; merveilleux. J'ai pu dire, moi aussi. On a parl&#233; d'anxi&#233;t&#233;, de culpabilit&#233;, des &#233;motions qu'on ne sait plus o&#249; mettre, qui encombrent, de la difficult&#233; de bien faire, de s'ajuster aux besoins de l'autre, et de toutes ces choses v&#233;cues seule qu'en fait d'autres vivent aussi. J'ai bien compris qu'en fait, on peut beaucoup s'entraider. Chaque t&#233;moignage fait m&#233;diation, miroir, tiers-lieu, a&#232;re. On y gagne un temps et une &#233;nergie faramineux. Cela modifie un millier de micro-choix du quotidien. Je n'ai pas de doute qu'&#224; la fin, cela &#233;vite des morts inutiles. Et en dehors de &#231;a, ce sont tous les rapports avec les proches, la fa&#231;on de vivre la maladie, la solitude terrible, qui s'en trouvent modifi&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; : quinze ans apr&#232;s, j'&#233;cris ce livre. J'ai revu plusieurs fois la neurologue qui a suivi un peu mon fr&#232;re &#224; la fin, elle m'a re&#231;ue sur son temps libre, elle m'a pr&#234;t&#233; des livres, encourag&#233; &#224; &#233;crire. Lors des r&#233;unions de familles endeuill&#233;es, j'ai vu combien elle et, la derni&#232;re fois, sa coll&#232;gue, s'int&#233;ressaient et apprenaient, et la quantit&#233; de temps qu'elles nous donnaient, hors du cabinet. En nous quittant, l'une d'elles nous salue (nous familles) ainsi : &#171; merci infiniment. Gr&#226;ce au courage que vous avez de partager vos histoires, j'apprends &#233;norm&#233;ment, et vous n'imaginez pas &#224; quel point cela me permettra de prendre de mieux en mieux soin de mes patient.e.s. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis j'ai rencontr&#233; B., elle m'a invit&#233;e &#224; participer &#224; ce formidable programme MOSES. Elle a fait&lt;br class='autobr' /&gt;
beaucoup plus encore, puisque nous avons parl&#233;, chaque jour, de tout ce qui s'&#233;tait dit, et de mes&lt;br class='autobr' /&gt;
histoires. Je finis ce livre, qu'elle m'encourage &#224; traduire en allemand. Dont elle voudrait que je lise un passage &#224; la prochaine session pour les formateurs MOSES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1]Cf premi&#232;re page du livre, &lt;i&gt;Herbst&lt;/i&gt;, RM Rilke (Automne)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'information sur la mort subite en &#233;pilepsie en Allemagne (revu dec 2025)</title>
		<link>https://abc-epilepsie.fr/L-information-sur-la-mort-subite-en-epilepsie-en-Allemagne-revu-dec-2025</link>
		<guid isPermaLink="true">https://abc-epilepsie.fr/L-information-sur-la-mort-subite-en-epilepsie-en-Allemagne-revu-dec-2025</guid>
		<dc:date>2025-05-27T19:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Elisabeth, STOPMEP</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;3 documents :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une vid&#233;o de l'association STOP SUDED (Sudep.de) qui aborde la question de la MSIE
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des suggestions sur la mani&#232;re d'aborder le sujet avec le patient
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un extrait du livret sur les droits &#224; l'information en tant que patient&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://abc-epilepsie.fr/A-l-etranger" rel="directory"&gt;L'information &#224; l'&#233;tranger&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://abc-epilepsie.fr/local/cache-vignettes/L123xH150/image_all_-6d54c.png?1770815957' class='spip_logo spip_logo_right' width='123' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La vid&#233;o d'information ( sous-titr&#233;e en fran&#231;ais) ci-dessous a &#233;t&#233; tourn&#233;e par STOP SUDEP et la Fondation allemande Oskar Killinger. Cette fondation a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par des parents endeuill&#233;s en m&#233;moire de leur fils d&#233;c&#233;d&#233; de mort subite.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=QC6D2vP9k1U&amp;ab_channel=ElisabethFabre&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=QC6D2vP9k1U&amp;ab_channel=ElisabethFabre&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La vid&#233;o aborde la question de la MSIE, et souligne l'importance de la stimulation par un tiers pour &#233;viter le d&#233;c&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;l&#233;chargeable en pi&#232;ce jointe un extrait du livret sur les droits &#224; l'information sur la MSIE/Sudep ( avec substitution des articles de loi fran&#231;ais &#233;quivalents). La Fondation Oskar Killinger a en effet une approche juridique du sujet, les membres fondateurs &#233;tant juristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, suit un extrait des recommandations de la Soci&#233;t&#233; allemande de Neurologie en mati&#232;re d'information &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Comment formuler au patient le risque de SUDEP ?&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
On remarquera qu'il est pr&#233;conis&#233; de surveiller la respiration du patient jusqu'&#224; 60 mn apr&#232;s la fin des convulsions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Recommandations de la Soci&#233;t&#233; allemande de Neurologie en mati&#232;re d'information : &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
( &lt;a href=&#034;https://sudep.de/was-ist-sudep/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://sudep.de/was-ist-sudep/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses recommandations de 2021 sur l'information &#224; donner sur les risques de Sudep lors de l'entretien avec le patient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , la Soci&#233;t&#233; allemande de Neurologie sugg&#232;re les formulations suivantes (Quelques suggestions sont faites aussi en direction des familles -par exemple, suivre une formation de secourisme) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vous vous demandez peut-&#234;tre si les &#233;pilepsies peuvent &#234;tre dangereuses. On sait qu'il y a un risque de blessures ou d'accidents lors d'une crise &#233;pileptique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut aussi mourir directement d'une crise &#233;pileptique. Mais ce risque est faible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lors d'une crise tonico-clonique, donc lorsque tout le corps se raidit, puis est ensuite agit&#233; de convulsions rythmiques, c'est l&#224; que ce risque est le plus grand. Dans des cas tr&#232;s rares, il peut en effet arriver qu'apr&#232;s une telle crise il y ait un arr&#234;t respiratoire. C'est la cause principale de ce qu'on appelle une MSIE/SUDEP, c'est &#224; dire une mort subite inattendue en &#233;pilepsie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le risque de mourir d'une MSIE/SUDEP &#224; cause d'une seule crise ne peut pas &#234;tre mesur&#233; exactement, mais il est tr&#232;s faible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une MSIE/SUDEP survient typiquement chez une personne atteinte d'&#233;pilepsie sur 1000 chaque ann&#233;e. Cela signifie aussi, que chaque ann&#233;e 999 personnes &#233;pileptiques sur 1000 ne meurent pas d'une MSIE/SUDEP. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chez certaines personnes &#233;pileptiques le risque est plus grand que pour d'autres. Cela d&#233;pend surtout de la gravit&#233; et de la fr&#233;quence des crises et du mode de vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les facteurs de risque les plus importants sont la survenue de crises la nuit et des crises tonico-cloniques fr&#233;quentes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'absence de crises et surtout le contr&#244;le complet des crises tonicocloniques r&#233;duisent fortement le risque de MSIE/SUDEP. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment faire pour r&#233;duire le risque de MSIE/SUDEP ? Tout ce qui contribue &#224; un meilleur contr&#244;le des crises est utile : le fait de prendre r&#233;guli&#232;rement ses m&#233;dicaments, de bien dormir, d'&#233;viter d'&#234;tre en dette de sommeil, et de s'abstenir de boire de l'alcool ou de n'en consommer que tr&#232;s peu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si vos crises deviennent plus graves ou plus fr&#233;quentes, surtout prenez rendez-vous avec moi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un autre facteur de risque important est que les crises ne soient pas observ&#233;es par quelqu'un, surtout les crises nocturnes. Si des crises se produisent sans qu'on s'en aper&#231;oive, surtout de nuit, c'est un gros probl&#232;me, car dans ces cas-l&#224; personne ne peut venir en aide. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais on peut d&#233;sormais se procurer de petits appareils de surveillance nocturne, qui peuvent d&#233;tecter avec fiabilit&#233; une crise nocturne et envoyer en cas d'urgence un message d'alerte &#224; un proche ou &#224; votre partenaire. Ces appareils ne perturbent pas le sommeil nocturne et ne sont pas un obstacle &#224; l'intimit&#233;. r&#233;fl&#233;chissez aux avantages et aux inconv&#233;nients d'une surveillance nocturne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En tant que famille ou partenaire, vous devez savoir que les crises tonico-cloniques cessent normalement d'elles- m&#234;mes au bout de 2-3 minutes. Ce qui est important, c'est d'&#233;viter pendant ce temps les chutes, ou les blessures &#224; cause d'objets proches, et de v&#233;rifier que la respiration reprenne bien correctement apr&#232;s la fin de la crise. On entend bien, si c'est le cas, des bruits de respiration ronflante, comme un r&#226;le, qui suivent typiquement ces crises. Surveillez bien pendant au moins 40 &#224; 60 minutes la respiration et le pouls. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Inscrivez-vous &#224; un cours de premiers secours, et renouvelez cette formation r&#233;guli&#232;rement, par exemple tous les deux ans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je r&#233;sume : il existe un risque, faible, de mourir subitement d'&#233;pilepsie. En contr&#244;lant bien les crises, en prenant r&#233;guli&#232;rement ses m&#233;dicaments et en &#233;vitant les d&#233;clencheurs typiques de crises, vous pouvez r&#233;duire significativement ce risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avez-vous d'autres questions ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Traductions et sous-titrage vid&#233;o d'Elisabeth Fabre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://link.springer.com/article/10.1007/s00115-021-01075-3&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://link.springer.com/article/10.1007/s00115-021-01075-3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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